Abdelali Errehouni
J’ai le cœur à gauche et la peur dans les tripes. Mon pays saigne du nez. Ses jeunes crèvent d’ignorance et d’ennui. Ses enfants pleurent la misère des classes. Ses peu de lumières matraqués, les poches trouées, s’enfuient. Et, sur son piédestal, le chef plus beau et moins barbu qu’au début, rit. Peu sincère, il éclate de rire au détour de chaque connerie. On rit avec lui, on crie son nom, on l’applaudit, on le prie. Pour mieux contenir ses fidèles, il a besoin de semer la tristesse et la mélancolie. Alors, il troque ses larmes contre un peu plus de sympathie. Il lui suffit de penser à sa grand-mère, à son petit chat, à sa petite fille pour mieux pleurer. Il a besoin de nos cœurs, se moque de nos esprits. Je le plains et je me plains aussi. Demain je lui dirai NON car, je le sais, mon pays l’a démasqué et n’a plus envie de lui.
