Abdelali Errehouni –
Ils sont revenus à notre quartier avec leurs grosses voitures, leurs impostures, leurs vagues sourires, leurs tracts, leurs pancartes, leurs planches-contacts et leurs armures. Ils sont entourés d’enfants sans enfance, de jeunes sinistrés hagards, de femmes prêtes à tous les combats, à tous les départs.
Ils ont écarté les petits pour atteindre les grands, pour gagner dans leurs longs bras ces juteuses, ces baveuses voix. Ils ont embrassé beaucoup, serré les mains un peu trop, tapé plusieurs fois sur les épaules osseuses et fatiguées de ceux qu’ils avaient déjà décharnés. Ils ont acquiescé à toutes les idioties, obéi à tous les rêves.
Ils ont avalé quelques injures, essuyé la sueur de leurs fronts d’effrontés, calmé leurs troupes agitées. Ils ont levé haut les mains pour saluer la foule qui ne les salue pas.
Ils ont levé haut les bras pour louer Dieu qu’ils ne prient pas. Ils ont avancé dans le vacarme vers les plus improbables des endroits, vers les plus tordus des hommes.
Ils se sont penchés sur la misère de l’handicapé, voulu persuader le fou du quartier. Ils ont soutenu le plus veule et le plus vieux, graissé la patte à quelques flatteurs obséquieux.
