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Ksar El Bhar à Safi, une composante fondamentale du patrimoine de la cité de l’Océan, aujourd’hui menacée d’effondrement

Ksar El Bhar (château de mer) de Safi, une composante fondamentale du patrimoine de la cité de l’Océan, et un joyau architectural unique à grande valeur patrimoniale et historique, qui fait la fierté des habitants de cette ville portuaire, est aujourd’hui menacée d’effondrement.

Cette forteresse qui a été témoin d’une période bien marquante dans l’histoire de Safi s’avoue aujourd’hui vaincue face aux attaques de la houle, une bonne partie de la tour sud du château s’étant écroulée suscitant avec elle la crainte des Safiots de voir disparaître à jamais ce site historique.

Ce site historique, où se côtoient à la fois, Histoire, Art et architecture militaire caractéristique de l’époque coloniale manuéline, fait face à un processus de dégradation et de transformation dû aux vagues de la mer entraînant la disparition de plusieurs parties du ksar et l’apparition de cavités qui laissent infiltrer l’eau de mer aux autres parties du château mais aussi aux quartiers voisins (Hay de Rabat, Place de l’Indépendance).

En dépit de l’effondrement de sa façade et de sa tour, le Ksar continue de résister face aux vagues de l’Atlantique témoignant par là du génie de l’Homme et de son incapacité et la limite de ses moyens devant la force impitoyable de la nature.

Pour le directeur du Centre des études et des recherches dans le patrimoine maroco-lusitanien, Abouelkacem Chebri, cette forteresse, dont les travaux de réalisation furent entamées en 1516 et s’étalèrent jusqu’en 1523, a été édifiée sur 3.900 m2, dans un site stratégique, permettant de contrôler le trafic portuaire et les routes côtières et l’ancien port de la ville (Mrissa Lkdima) ainsi que le trafic commercial dans l’embouchure de l’oued Chaâba.

Ksar El Bhar a été construit sur la falaise d’Amouni, sous forme de forteresse militaire rectangle dotée de trois tours ayant pour missions la surveillance, le contrôle et la défense de la forteresse, a-t-il indiqué dans une déclaration à la MAP.

Et d’expliquer que la forteresse comprend trois tours, dont la plus importante est de forme rectangulaire, servant naguère de résidence au commandant de la légion portugaise à Safi au 16è siècle, en plus d’un toit pour le contrôle.

La place servait à l’époque comme dépôt de munition d’armes et de denrées alimentaires mais était également un espace pour l’entrainement des soldats sur les batailles, le maniement des armes et les manœuvres militaires.

Selon une étude réalisée en 2000 par la commune urbaine de Safi, l’érosion de la falaise d’Amouni est due à la houle qui a creusé des cavités, sous et à l’intérieur de la ligne de chemin de fer reliant le port et les complexes de transformation des phosphates.

Occupant une superficie de 2.300 m2, le Château de mer est bâti sur le Jorf Amouni dans une position avancée par rapport au reste de la falaise. C’est une construction massive en maçonnerie, ses fondations sont superficielles et ancrés dans ce qu’on appel le grès dunaire, et on peut voir de la maçonnerie au coté Sud qui n’est pas une continuité des fondations du Château mais un traitement qui a eu lieu plusieurs années après sa construction.

Selon l’archéologue et auteur du livre “forteresse du nouveau Safi”, Said Chemsi, les premières fissures dans le Ksar sont apparues en 1937, date durant laquelle les houles ont causé des crevasses dans le rocher d’Amouni sur laquelle est bâti le château, ce qui a permis à un ingénieur et à des archéologues français de l’époque du Protectorat de conclure que la réalisation du quai du port de Safi en 1930 est la cause principale de ces fissures, notamment la construction de barrières en béton armé (digues) afin de protéger le port contre les vagues et faciliter l’amarrage des navires.

Un imprévu est arrivé par la suite : les attaques incessantes des vagues ont engendré une érosion graduelle de la falaise d’Amouni.

Depuis 1937 jusqu’en 2017, soit près de 80 ans, Ksar El Bhar a été le théâtre de plusieurs mouvements déstabilisateurs entraînant en 2001 et 2004, l’effondrement de la muraille située à l’Ouest du château où étaient conservés plusieurs canons, a fait savoir M. Chemsi dans une déclaration à la MAP.

Les événements se sont précipités et en 2010, près de deux tiers de la tour Sud Ouest se sont effondrés.

Le ministère de tutelle, en coordination avec les autorités locales, avait pris la décision de la fermeture du château devant les visiteurs avant que la partie Ouest du palais, comprenant des salles qui servait d’abris pour les soldats, ne s’effondre complètement en 2014 et 2016.

Pour mettre un terme au danger des effondrements que connait ce site historique, M. Chemsi fait savoir que les responsables ont commencé en 2000, à mettre en œuvre une solution consistant à colmater les brèches avec du béton armé même si cette dernière ne s’est pas avérée comme étant une solution efficace étant donné que le problème réside dans le rocher sur laquelle est bâti le château et non dans la bâtisse elle-même.

Le directeur provincial de la culture à Safi, Khalid Fkihi, a souligné pour sa part, que des mesures urgentes sont prises par plusieurs secteurs, dont le ministère de l’équipement et du transport, l’OCP, le ministère de la culture et de la communication, l’Office national des chemins de fer (ONCF) et les conseils élus à Safi afin de construire une digue s’étendant de la tour de Nador au Nord jusqu’à la zone industrielle des unités de conserve des poissons au sud dans le but de détourner les houles qui sont la cause principale des fissures dans la falaise d’Amouni.

Il a en outre, indiqué que la restauration du Ksar El Bhar est inscrite dans la liste des projets programmés dans le cadre de la sauvegarde du patrimoine culturel par le ministère de la culture et de la communication à travers la vision du patrimoine 2020.

Ksar el-Bahr, est une forteresse élevée par les Portugais en 1507 pour servir de dépôt d’armes et utilisé en 1541, période de règne des Saâdiyines, comme rempart de défense de la ville contre les agressions militaires étrangères.

Le Château de mer de Safi fut classé monument historique depuis les années 20 du siècle dernier.

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