société

La leçon de Meriem

Par Abdelali Errehouni

Meriem, la petite lectrice boulimique est heureuse et elle le fait savoir par toute la pureté de son sourire, par toute la sincérité de ses larmes. Elle est authentique dans son désir de réussir et dans l’expression de sa joie. Nous l’aimons et, à travers elle, nous aimons toute cette enfance et toute cette jeunesse marocaines qui luttent avec les moyens de bord pour se frayer un chemin dans l’espace caillouteux de notre univers. Meriem n’est pas tout le Maroc ; elle est encore moins l’instrument de ceux qui veulent faire d’elle le fruit de leur système. Meriem est une lumière qui a eu juste la chance d’avoir sur son chemin des gens simples, modestes et honnêtes qui l’ont aimée, qui ont cru en son talent et qui l’ont soutenue dans son ascension vers le succès. Ce ne sont pas les élus du peuple et les décideurs politiques. Ceux-ci ne savaient même pas que des meriems pouvaient encore exister malgré la médiocratie qu’ils ont érigée en système de pensée. Meriem est une surprise qui leur a inspiré plus de soucis que de joie. Le ministre en personne n’en revient pas. Il a presque envie de s’excuser d’avoir laissé cette petite inconnue échapper à la vigilance de son appareil et à la bêtise généralisée. Je l’imagine déjà envoyer ses enquêteurs pour s’assurer que les enseignants de Meriem respectaient « les objectifs préconisés ». En tout cas, si Meriem a brillé ce n’est surtout pas grâce à lui. Son ministère n’a rien inventé pour mettre le génie marocain sur le podium. Bien au contraire, c’est par résistance à un système qui condamne la créativité que Meriem a réussi. Les livres l’ont libérée ; ils lui ont ouvert les yeux et l’esprit sur un monde où les possibilités de réussite sont infinies. « Si nos élus lisaient, ils comprendraient » aurait pu dire la petite élue de nos cœurs. Meriem n’a rien à apprendre de ceux qui nous balancent des circulaires pour nous faire tourner en rond sans jamais avancer. C’est à eux d’apprendre d’elle ce qu’éduquer a de si beau, de si pur et de si profond. C’est à eux d’apprendre d’elle qu’en maintenant la médiocrité et la bêtise standardisées pour répondre aux exigences de l’oligarchie on ne fait qu’amputer les esprits de ceux qui enseignent et de ceux à qui on a envie d’enseigner, qu’en faisant trop travailler l’enfant sur des objectifs tristement creux et insignifiants, on ne fait que l’enfoncer dans le désamour d’apprendre et dans le désir de décrocher.

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